samedi 15 mai 2010

Chugyeogja (The Chaser)

Dans tout pays, le cinéma a ses tics et ses travers. Le cinéma sud-coréen n'échappe pas à la règle : parfois d'une extrême violence, parfois d'une extrême lenteur. L'extrême violence peut être le moteur de certains films comme "Oldboy" de Park Chan-wook. Par violence, j'entends la violence physique et morale. Elle est presque trop envahissante dans ce film et je me demande pourquoi le sentiment de vengeance (ce film fait partie d'une trilogie libre sur ce thème) nous plonge dans une folie quasi inhumaine. Si vous ne connaissez pas le cinéma sud-coréen, ne commencez pas par ce film. Et malgré ses différentes récompenses - dont le Grand Prix du Jury à son réalisateur au Festival de Cannes - ce n'est pas forcément, tout au moins à mes yeux, son meilleur film. Choisissez plutôt "J.S.A.: Joint Security Area". Ce film représentant la "guerre froide" entre Séoul et Pyongyang se passe sur la zone démilitarisée entre les deux Corée. Un soldat sud-coréen est présumé avoir tué deux soldats du nord. Une enquête est menée par une militaire suisse d'origine sud-coréenne pour savoir ce qui s'est effectivement passé. En résumé ce très beau film parle de l'amitié entre des militaires, qui sont avant tout les hommes d'un même pays, que sépare un frontière. Un excellent film, touchant, émouvant, très bien réalisé et des acteurs très impliqués.

Au départ je ne voulais pas parler de Park Chan-wook mais du dernier film que je viens de voir.

Il s'agit de "The Chaser" (Chugyeogja) tourné en 2008 et premier film du réalisateur, lui aussi sud-coréen, Na Hong-jin. J'avoue qu'après 10 minutes, je me suis demandé si j'allais tenir jusqu'au bout. Commencer le film par le meurtre d'une jeune femme à l'aide d'un marteau et d'un burin… j'étais assez mal à l'aise (n'étant pas un adepte des films "gore", il était difficile de se sentir autrement.) Heureusement, si je puis dire, le sang s'est arrêté de couler (mais ce n'est que partie remise.) Au départ, l'ex-flic devenu souteneur voit ses filles disparaitre au fur et à mesure. Pensant à un concurrent qui les lui prend, il fait tout pour le retrouver. C'est toujours par le même numéro de téléphone que sont appelées les filles qui disparaitront. La dernière fille tente d'aider son "patron" en lui indiquant l'adresse du kidnappeur présumé, malheureusement il lui est impossible d'envoyer un sms par absence de réseau. Tiré, hélas, d'un événement réel impliquant un tueur en série aux 12 cadavres, c'est évidemment un film horrible et difficilement supportable - le sujet n'aspirant pas au romantisme - remarquablement bien filmé, d'un noir étouffant où l'on ne peut s'empêcher de penser "mais pourquoi ?". Un film où l'on voudrait tant que l'ex-flic se presse encore plus pour rattraper cet homme aussi monstrueux. Que ce soit l'ex-flic, le tueur en série, la dernière femme kidnappée (malgré un rôle très court mais essentiel), ou encore sa petite fille (d'une tendresse exceptionnelle, extrêmement touchante par compassion pour sa mère et par son jeu remarquable), c'est un thriller exceptionnel dans une Corée contemporaine.

Là encore, la marque de fabrique de ce pays est ici bien présente : la nuit et la pluie. Le bruit de la pluie résonne comme une musique et teinte curieusement l'atmosphère.

Au final, même si ce film est réellement noir et angoissant, il faut le voir au moins une fois (et c'est un minimum.) Le fait d'impliquer le spectateur comme s'il était le miroir du protagoniste ne peut que renforcer le pouvoir quasi hypnotique des images. Vous comprendrez que ce film laisse une trace assez longue après sa vision. Une double persistance rétinienne. Le mouvement et la mémoire.

Voici la bande-annonce :


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